Mulholland Drive

Mulholland DriveUne jeune actrice arrive de sa province, à Hollywood. Sa tante y habite et lui prète un appartement. En entrant, elle trouve l’appartement déjà occupé par une amie de sa tante.

Mulholland Drive reprend les choses exactement là où Lynch les avait laissées dans Lost Highway : une route, la nuit, une voiture qui s’enfonce dans les ténèbres.
Nous voilà prévenus : le voyage se fera de nuit, dans les ombres rêvées et tissées par ce génial inventeur de formes qu’est David Lynch.

La première chose qui frappe dans ce film c’est son « identité lynchienne » : ce film est peut être le plus lynchien du réalisateur. Après l’intermède naturaliste d' »Une histoire vraie », le lien est renoué avec la veine « Twin Peaksienne » : personnages opaques, pleins d’une sophistication inquiétante, histoire qui reprend les éléments traditionnels des films US à papa (ici : néo-polar des années 50) pour mieux les détourner et les pervertir, et, bien sûr, la musique du compère de toujours, Angelo Badalamenti.

Il serait très difficile et particulièrement présomptueux de vouloir résumer Mulholland Drive. On ne peut pas résumer de manière rationnelle un fantasme, car ce film est un fantasme. Le cerveau de Lynch a sécrété un fantasme en images et en musique, un fantasme qui emporte le spectateur pendant près de 2h30.
Dans Mulholland David Lynch rêve Hollywood (vous ferez la différence avec « reve d’Hollywood »…). Rita la brune est l’incarnation même de ce que pouvait représenter Hollywood dans son âge d’Or (Rita, comme Rita Hayworth) : glamour, mystère, sex-appeal. En quelque sorte elle est Mulholland Drive : amnésique, elle est la feuille blanche sur lequel s’écrit peu à peu l’histoire, et en elle viennent se cristalliser tous les désirs des autres personnages (mais aussi ceux du spectateur). Pour Betty la blonde qui est venue chercher un peu de ce rêve, Rita devient vite un objet de fascination, puis de désir. En l’aidant à se reconstruire une identité elle s’invente elle même son premier rôle, en jouant au détective privé elle a l’impression de participer à son premier film.

Film, jeu… finalement c’est un peu la même chose : ce film a quelque chose d’interactif. Le processus d’identification marche à plein : Betty, la petite américaine moyenne débarquée fraichement de son Ontario natal, est tout ce qu’il y a de plus banale. En elle le spectateur peut tout à fait s’identifier.
1000 pistes lui sont proposées pour interpréter ce film labyrinthe. 1000 clés proposées, mais jamais aucune n’est imposée. Lynch a réalisé un film-experience dont nous sommes à la fois les témoins, les cobayes, et les participants. Ce film se construit avant tout dans le cerveau du spectateur. Si celui-ci refuse l’expérience, s’il est venu chercher une linéarité narrative rigoureuse, il ne pourra pas adhérer à cette magnifique illusion. Il faut, pour goûter parfaitement ce film-fantasme, accepter le jeu et se laisser emporter par l’imaginaire des choses, accepter que les règles de ce même jeu puissent changer d’un plan à l’autre. Comme Betty, il faut se laisser aspirer et exciter par cette histoire qui n’en pas vraiment une, mais qui pourtant semble si réelle dans son surréalisme même.

Grand film sur la puissance des illusions (l’essence même du spectacle finalement, et du cinéma en particulier, art suprème de la manipulation) : illusion-fausse du rêve Hoolywoodien bien sûr (sous le vernis, la pourriture), illusion de la vie en général et de nos rêves en particulier, illusion du spectacle que nous donne le monde (le Silencio, allégorie ultime, où la réalité de la chanteuse ne tient finalement que dans la bande son), Lynch joue de ce pouvoir du faux pour nous emporter ailleurs, totalement ailleurs puisque dans un monde qui n’existe pas. Nous savions que cet homme était un grand réalisateur, on ne soupçonnait néanmoins pas de tels pouvoirs de magicien.

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