La Mort en ligne

La Mort en ligneYumi tente d’enquéter alors que plusieurs élèves disparaissent dans des conditions douteuses. Yoko, son amie a reçu un message daté 3 jours plus tard, lui annoncant sa propre mort.

Takashi Miike est un sacré roublard. En réalisant ce remake à peine déguisé de « Ring », il est arrivé sans mal à s’attirer les faveurs du public. Pourtant cette « Mort en Ligne » sent diablement le réchauffé et l’esprit tordu du plus fou des cinéastes nippons ne transparaît presque pas.

Déjà le film commence assez mollement. Des jeunes étudiantes reçoivent sur leur téléphone portable d’étranges messages venus du futur. À l’autre bout du fil, leur propre voix en train d’hurler, signe annonciateur d’une mort imminente. La première demi-heure est fort décevante. Les meurtres se succèdent pendant que les étudiantes mènent l’enquête. Tout ça est d’ailleurs assez risible. Connaissant Miike, on devine bien vite que « La Mort en Ligne » se rapproche plus de l’aspect parodique que du film de trouille. Et si c’était pas voulu, c’est bien dommage.

On relève bien quelques piques contre le monde de l’entertainment lors de l’émission télévisée mais tout ça est bien gentillet. Si parfois le côté sadique du bonhomme arrive à percer, c’est bien peu pour nous sortir de la torpeur. Les rebondissements sont ridicules au possible et la réflexion sur la famille à mille lieux de celle offerte par Nakata dans « Ring ». Après deux heures vraiment très longues, Miike nous gratifie d’un gentil énième rebondissement qui arrive enfin à nous faire (un peu) sursauter. Peine perdue.

À quel degré prendre le film ? C’est là l’interrogation la plus intéressante soulevée par « La Mort en Ligne ». Si quelques fois Miike verse carrément dans la parodie, il arrive aussi à de rares instants à installer une atmosphère plutôt malsaine. Si sa marque de fabrique apparaît bien à travers quelques plans, on peut rester dubitatif face à ce film. Coups de génie ou gros coups de bluff ? À vous de voir…

Monstres et cie

Monstres et cieSullivan et Mike tranvaillent chez Monsters Inc, une énorme société de Monstropolis. Leur boulot, c’est de faire peur aux enfants, car ce sont leur cris qui est utilisé comme énergie, dans leur ville.
Mais une fille va s’introduire dans leur monde et par là même créer un vent de panique.

Quatrième long-métrage des studios Pixar pour Disney après ‘1001 Pattes’ et les deux ‘Toy Story’, l’équipe de John Lasseter s’est concentrée sur des Monstres et un monde imaginaire très réussi.
Comme c’était le cas pour leurs précédents films, l’univers de ‘Monstres et Cie’ est extrèmement coloré et très inventif. Les character-designers s’en sont donné à coeur joie pour nous offrir des personnages originaux et charismatiques.

Techniquement, on reste dans un rendu assez proche de ce que l’ont connait déjà. Un effort particulier semble avoir été fait pour le rendu poilu de Sulli tant le resultat semble superbe. Le reste de l’univers est aussi très bien réalisé et de nombreux détails nous donnent l’impression d’un travail soigné et approfondis, si bien qu’on oublie finalement qu’il ne s’agit ici que de l’animation pour se plonger dans l’histoire. Les voix us sont d’ailleurs excellentes ; John Goodman et Billy Cristal arrivent vraiment à donner vie à leur personnage.

L’humour toujours aussi délirant de l’équipe Pixar trouve ici un sujet pour développer une galerie de caractère et un nombre de gags assez étonnant. Les enfants trouveront bien sûr leur compte, mais les adultes seront aussi contents de trouver quelques pics. Ainsi des thèmes comme la compétition outrancière, l’individu par rapport à l’entreprise, etc…sont abordés. Des pistes de reflexion pas ininteressantes, qui surprennent dans ce genre de films.

Pixar marque ici un nouveau point avec un film d’animation maîtrisé. On notera tout de même quelques passages un peu trop longs, mais globalement, c’est du très bon. A ne pas rater si vous avez apprécié les précédentes production Pixar.

Monsieur N.

Monsieur N.Exilé à St Hélène, Napoléon est surveillé par une troupe énorme de soldat. Mais Bonaparte est loin de s’avouer vaincu et va tout faire pour mener sa dernière bataille.

Après les ‘Morsures de l’Aube’, Antoine de Caunes s’attaque ici à une production de plus grande ampleur. Le mythe de Napoléon pouvait d’ailleurs s’apparenter à l’escalade d’une montage pour un réalisateur aussi peu expérimenté. Pourtant, force est de constater que cet Empereur déchu a un véritable cachet et une identité propre.
Très bien interprété par un Philippe Torreton (‘L’appat’, ‘Capitaine Conan’…) toujours crédible, De Caunes évite les écueils pour créer un véritable roman à partir de personnages réels.

Esthétiquement réussi (costumes superbes, beau travail de lumière), la mise en scène pêche toutefois dans la maîtrise de l’enquête. En effet, le passage d’un personnage à un autre pour avoir leur version des faits a du mal à avoir un vrai dynamisme et a tendance à laisser un peu sur sa faim le spectateur. Un petit peu dommage surtout que les personnages sont bien mis en place dans l’histoire et très bien dirigés.

Ainsi, on ne peut être totalement satisfait de ce mélange de genre historico-policier, car on perd un petit peu le fil de l’histoire. Cependant, on prend un réel plaisir à voir Torreton incarner un Napoléon loin du regard respectueux des livres d’histoire et les idées explorées permettent d’éviter les sempiternels clichés du film historique qui se rattache trop au réel. De ce point de vue, De Caunes a réussi son pari et emmené Napoléon sur des pistes peu vues.

Belle digression d’une page de l’Histoire française, ‘Monsieur N.’ est un film travaillé et bien joué. On pardonnera le manque de rythme à un réalisateur encore un peu inexpérimenté pour admirer un travail esthétique abouti et une direction d’acteur étincelante.

Monsieur Batignole

Monsieur BatignolePendant l’occupation, Monsieur Batignole, un traiteur parisien, s’accapare l’appartement d’une famille juive déportée. Peu de temps après, le cadet de la famille sonne à la porte de l’appartement au grand dam de M. Batignole qui ne sait pas comment réagir.

C’est avec finesse et intelligence que le réalisateur aborde le sujet de la France occupée de 44. Comme d’habitude chez Jugnot, le thème est traité avec une simplicité touchante qui évite soigneusement de tomber dans la naïveté. L’un des principaux atouts de « Monsieur Batignole » est de faire ressortir avec un oeil avisé les comportements de la France groggy et blessée de ce qu’elle-même considérait être l’après-guerre.

Monsieur Batignole reconstitue une époque avec habileté, celle du Paris occupé de 1944. Les personnages donnent ainsi le meilleur d’eux-mêmes en naviguant entre la caricature efficace, à l’origine de sourires parfois gênés, et une certaine forme de naturel qui offre sa part de réalisme à l’histoire. Car ne l’oublions pas, Monsieur Batignole, derrière son apparente bonhomie, symbolise bel et bien le malaise qui toucha la France il y a 60 ans : entre volonté de poursuivre une vie normale malgré la défaite et sentiment profond d’échec inscrit dans la mémoire de tous.

Pour arriver à ses fins, le réalisateur jongle avec précision entre la comédie burlesque et la chronique sociale. Comme d’habitude, les dialogues fusent et s’écoutent avec délectation, multipliant les répliques cinglantes. La mise en scène semble en revanche un peu plus ambitieuse que dans les autres films du réalisateur ; la volonté de marquer les esprits est bien là comme nous le montrent certaines séquences ou certains plans particulièrement forts. La fin, que certains n’hésiteront pas à qualifier de naïve, arrive comme une bouffée d’oxygène rappelant l’importance des rapports humains. Le contraste de la dernière demi-heure avec le reste du film élargit en effet la réflexion en abordant le sujet de la liberté acquise et du sens des responsabilités.

Jugnot n’a pas manqué son coup, une fois de plus. La tendresse de son film rivalise avec cette volonté farouche de conserver la mémoire d’une époque particulièrement intéressante dont on peut tirer des leçons encore aujourd’hui. Des choses simples mais qui méritent d’être rappeler.

A travers ce retour à une période bien sombre et complexe de l’histoire, Jugnot nous dresse un portrait de cette France qui se cherche et ne sait se trouver.
Entre les collabos et les resistants, c’est sur la majorité silencieuse aux avis divers que le réalisateur de ‘Meilleur espoir féminin’ a décidé de se centrer. Et même s’il est évident
que les personnages sont un peu caricaturaux, ils ne semblent pas si loin de la réalité.

Malgré le choix de Jugnot, c’était dans cette description qu’était tout l’intérêt du film. Et on peut regretter quelque peu son désir de mettre en image tout le voyage vers la Suisse du gamin.
Du coup, on a un peu l’impression que Jugnot est passé à côté de son sujet.
Bien évidemment les émotions sont souvent présentes, mais la naïveté affichée peut agasser et le film traine parfois en longueur. Jugnot évite judicieusement les eccueils des trémolos dramatiques et accuse par certains dialogues ce faux voilage de face de la France.

Le film, divisé en deux parties a tendance à s’essoufler car l’intérêt est vraiment à Paris. Entouré de personnages interessants comme son futur gendre (Jean-Paul Rouve, étonnant), c’est à ce moment là que Jugnot cerne l’esprit de l’époque et touche de plus près la vérité et le propos de son film.
Une fois son engagement pris, ce n’est plus pareil.

Jugnot propose donc un film un peu trop naïf pour être totalement réussi. Cependant, le coeur y est et le propos est parfois très juste. Un film à voir même s’il ne remplit pas tous ses objectifs.

Le Monde vivant

Le Monde vivantDe nos jours, deux chevaliers partent combattre un ogre qui tient captif deux enfants. La femme de l’ogre va aider les deux chevaliers dans leur quête et tomber amoureux de l’un d’eux.

Ce deuxième long-métrage d’Eugène Green s’adresse à un public qui souhaite sortir d’un cinéma conventionnel. L’esthétique formelle proposée par Eugène Green apparaît à première vue très déstabilisante : teinté d’humour, le jeu des acteurs n’est pas réaliste, il n’y a aucun costume et la mise en scène est très épurée. Mais derrière ce parti pris se cache une réflexion sur la puissance de la parole et l’importance des mythes face aux sciences exactes pour mettre à jour une certaine forme de vérité.

Le réalisateur affirme qu’en proposant « Le monde vivant », l’un de ses objectifs était de recréer une énergie vitale au travers du jeu des acteurs. Il est clair que cet objectif a été atteint : au fil des séquences, un effet hypnotisant très étrange s’impose peu à peu au spectateur qui découvre dans cette oeuvre engagée une réflexion très actuelle et teintée de spiritualité sur la capacité des individus à faire face à l’adversité. Même s’il est parfois difficile de décoder certains messages qu’a voulu faire passer le réalisateur, on ne peut nier qu’un tel film nourrira facilement les débats, pourvu que l’on se donne la peine de prendre un peu de recul.

Présenté à Cannes, « Le Monde Vivant » impose un style que certains rapprocheront de celui de Bresson alors que le réalisateur, qui est passé par le théâtre, l’écriture et la musique avant d’atterrir dans le cinéma, affirme ne pas avoir proposé un film à références. Il reste donc à se plonger dans ce conte singulier et à le décoder avec ses propres armes : un challenge à la portée de tous.

Il est à noter qu’en complément de ce programme est parfois proposé le court-métrage « Le nom du feu » (du même réalisateur) qui évoque la rencontre entre une femme médecin et un loup-garou. Une belle introduction au « Monde Vivant ».